mardi 28 octobre 2014

Réflexions au sujet des supporters dans les stades de foot français.



Il serait bon d’avoir, en France, une réflexion sérieuse sur les problèmes liés aux supporters dans les stades, sur les mouvements dits ultras et sur la sécurité en général.
Partons du postulat que le foot se veut être un sport populaire. Il va donc drainer dans les stades toute sorte d’individus, de toutes conditions sociales. Le stade est justement un lieu où les conditions sociales devraient être gommées…
Dans la pratique et au vue du prix des places pratiquées, le clivage social entre tribunes demeure d’actualité. La plèbe est rassemblée dans les parties les moins confortables. Cela veut-il dire que cette différence donne à certains le droit de s’exprimer d’avantage ou de se prétendre plus supporters qu’un autre groupe ?
L’équipe que l’on vient voir jouer, doit avoir un rôle fédérateur. Le beau jeu, les actions palpitantes, le spectacle et les buts doivent rassembler l’ensemble d’un stade. Cette communion peut s’exprimer de la part des supporters de diverses manières : des tifos, des chants, des abonnements, des actions, de la présence plus calme mais fidèle, des déplacements quand l’équipe évolue hors de ses bases…Il y a différents manières d’aider, d’animer et de suivre. Toutes sont honorables et méritent le respect.Certains donnent de leur temps, d’autres de l’énergie, certains de l’argent, mais tous aiment leur club et leur équipe. Tous souffrent quand l’équipe peine, tout se réjouissent quand l’équipe gagne. C’est au prix de la fidélité dans les moments difficiles que l’ont reconnaît les vrais supporters. Ceux là ne quittent pas le navire quand il coule…
Parmi ceux qui fréquentent les stades, il en existe une partie qui désire suivre son équipe à l’extérieur. Quand on entend Monsieur Estrosi, maire de Nice, dire que pour lui, le supporter est fait pour rester à domicile et soutenir l’équipe dans sa ville, il va à l’encontre d’une liberté individuelle la plus élémentaire : la liberté de circulation.
Comment peut-on dire à ces gens là : ok vous êtes supporters mais on vous demande de l’être à temps partiel, une semaine sur deux ?
Soyons sérieux deux minutes, Monsieur Estrosi semble confondre le supporter assidu et passionné avec un simple spectateur occasionnel qui vient au stade parce qu’il a reçu une invitation…Donc cantonner le supporter à une action uniquement locale revient à lui amputer une partie de sa passion. Lui interdire de se déplacer ne peut en aucun cas lui être imposée car dans notre pays on se déplace encore à sa guise…
La seconde réflexion à mener est celle de l’identité. Un supporter aime à porter les couleurs de son équipe, collectionner les produits dérivés etc…Il ne se déplace pas sans une écharpe, un drapeau, un maillot identitaire. C’est un code vestimentaire qui permet de marquer l’appartenance à un groupe, un repère identitaire, un effet de cohésion.   
Interdire en déplacement, de porter fièrement les couleurs de son équipe est une aberration sans nom. Si elle est ressentie à l’extérieur comme une provocation et une insulte, c’est que le malaise est très profond.  Se sentir agressé dans son stade par un groupe qui porte d’autres couleurs sous prétexte qu’ici c’est notre territoire est grave. Depuis quand doit on se sentir attaqué et provoqué par des supporters adverses qui viennent soutenir leurs joueurs ? Tant que les chants ne servent pas la cause du racisme ou de la haine, il n’y a aucune raison à se sentir en danger. Interdire les bâches et les drapeaux et essayer d’aller les voler pour les ramener, à tout prix, comme butin de guerre est tout aussi lamentable.
On a vu ce week-end à Cologne un grand rassemblement de supporters ultras pour manifester contre les Salafistes. Ce mouvement spontané  annoncé via les réseaux sociaux, et organisé par des groupes bien à droite politiquement, a réussi le tour de force de réunir des groupes de supporters de plusieurs équipes allemandes et dont certains sont ennemis jurés depuis des décennies. Eh bien tout ce joli petit monde a cohabité sans problème le temps de la manif !
Faut-il y voir le signe d’une nouvelle forme de supporters ultras ? Une politisation des groupes de supporters ? Le stade peut-il devenir une tribune politique comme on a vu quelques exemples en France ces dernières années ? Les groupes de supporters ont une fonction sociale indéniable mais doivent-ils aussi donner le ton sur des sujets sensibles et rassembler en leurs rangs des individus d’une même couleur politique ou philosophique ?

Avant que le foot ne devienne trop malade et que des politiciens s’en mêlent en pondant des lois inadaptées qui vont étouffer notre passion, il serait urgent que les clubs et les groupes anticipent, discutent, fassent le ménage devant leur porte, cessent de présenter le flanc aux critiques et remplir les colonnes des faits divers. Il en va de notre survie…